Rodney Bay Ste Lucie Jeudi 26 janvier
Avons quitté l’anse Mitan dimanche pour un premier arrêt à la grande Anse d’Arlets. Mouillage comme nous les détestons c’est-à-dire très, trop peuplé. Trouver une place dans un fond de tenue moyenne est difficile ; nous mouillerons devant la plage et alors que les enfants se jettent à l’eau pour vérifier l’ancre, il manque de se faire passer dessus par un bateau à moteur. Le capitaine du-dit bateau incrimine le soleil pour expliquer qu’il ne les avait pas vus ! La femme du capitaine de frayeur et vexée d’avoir été prise en défaut devient hystérique et insulte Olivier. Charmant comme bienvenue. Devant la plage du bruit et des odeurs mais nous retrouvons Graffiti qui nous présente Sophie qui réparera nos focs pour un prix très raisonnable. Sophie est une montagnarde aguerrie tout comme son ami, guide à Chamonix.
Le prochain arrêt c’est à Ste Lucie que nous le ferons. A la soufrière plus exactement. Là encore, le water taxi nous saute dessus à l’entrée de la baie et ne nous lâche pas. Le mouillage n’est pas autorisé, il faut prendre un corps-mort et les prix fluctuent suivant l’interlocuteur rencontré. Mais le mouillage est magnifique, au saut de pitons rocheux, avec une vague odeur de soufre dans l’air. Paysage dramatique et vertigineux. Le volcan n’est pas loin. La baignade est là aussi dangereuse tant les barques à moteur sont nombreuses, et frôlent les bateaux. Les visiteurs sont nombreux aussi, vendeurs de fruits, puis de poissons, puis de souvenirs.
Le village est pauvre. Quel contraste en quelques miles, la Martinique riche et développée ; à coté Ste Lucie, pauvre, aux maisons délabrées et aux supermarchés aux rayons vides et poussiéreux. Cependant Ste Lucie est touristique et les nombreux mini-bus déversent les américains rougeauds au jardin botanique. Nous ferons une petite promenade aux abords de la rainforest et serons étonnés de voir un contraste incroyable entre riches et pauvres, bien plus saisissant que dans d’autres endroits. Porsche et mercédes à coté de cases en ruines. L’argent semble-t-il vient de la drogue car l’ile ne vit que du tourisme et de la banane, bien subventionnée par l’ UE mais actuellement en crise. La population est moins accueillante et souriante qu’en Martinique. Les ravages de l’alcool et/ou de la fumette sont évidents. Nous ferons un peu de snorkeling, de jolies patates et des poissons.
Ce soir, nous sommes à Rodney Bay, tout ce que nous détestons puissance 10 ; jet-skis, parachute ascensionnel, bouées de plage, bruit, passage, un mouillage densément peuplé, un paysage moche et plat. Espérons organiser une excursion à terre mais ne nous éterniserons pas ici. La plaisance de masse ne nous sied guère, nous sommes snobs et le revendiquons.
Je ne sais pas si je vous avais parlé de la ferveur des martiniquais. L’église affiche plus que complet les dimanches matins. Au point que les fidèles suivent l’office sur le parvis de l’église ! Les plus beaux habits et chapeaux sont de mise , l’ensemble est coloré et gai. Pas du tout ce que nous aurons ressenti à Ste Lucie. En effet
ce lundi 30 janvier avons quitté Rodney Bay pour revenir à l’Anse Mitan. Une navigation menée tambour battant à plus de 7 nœuds au bon plein avec une houle souvent forte et deux bords dans la baie de Fort-de-France pour l’arrivée en fin d’après-midi. Nous sommes contents de retrouver la souriante Martinique. Notre séjour à Ste Lucie ne nous laissera pas un souvenir impérissable. Le mouillage de Rodney Bay est bruyant à souhait de jour comme de nuit. Les St Luciens et Ste Luciennes ne respirent pas la joie de vivre et sont agacés par les touristes (ce que nous comprenons tout à fait) et le montrent. Ils sont plutôt désagréables et ‘piégeants’ même pour les péquins de bonne foi comme nous pensons l’être. Si nous avons le malheur de ne pas acheter légumes et fruits en traversant des rues où abondent les vendeurs de rue, les insultes ne sont pas loin. Nous avons effectué un tour de l‘ile en bus. Les paysages sont bien différents entre la côte au vent et celle sous le vent, et l’intérieur. On passe de la rainforest à l’herbe sèche et aux arbustes maigrichons. Les villages sont assez pauvres, les maisons délabrées à l’exception de quelques-unes qui sont de véritables immeubles.
Ma voisine de bus explique l’ambiance morose et le manque de joie de vivre par la période d’élections qui vient de s’achever et l’absence de perspective d’un avenir bien meilleur. Les temps sont durs ; le parti au pouvoir (labour) a fait des promesses mais les jeunes sont trop délaissés et les opportunités faibles. Le contraste entre richesse et pauvreté est indécent sur un si petit territoire et avoir comme seul futur de gagner sa vie en étant l’esclave des touristes ne fait pas rêver. De plus, la proximité de la Martinique où le niveau de vie est si supérieur n’arrange rien. Dans chaque famille, un membre est expatrié et subventionne les autres ; merci Western Union. Ici la misère ne semble pas moins pénible même si le soleil est au rendez-vous. N’ayant rien à offrir ni à faire ici, ce soir nous sommes mouillés à l’Anse Mitan. Retrouvons Athos et Kéa dans quelques jours nous poursuivrons notre route vers le Nord.
Entre temps nous organisons notre retour à terre, inscription des enfants dans leurs écoles respectives ; etc La vente de Taugl ne s’annonce pas aisée.